Le très long chemin de croix du BHV Marais et du BHV Parly 2 connaît un énième chapitre. Le 2 novembre dernier, le tribunal des activités économiques de Paris a pris la lourde décision de placer en redressement judiciaire les deux magasins historiques appartenant à la Société des Grands Magasins (SGM), et ce, après une audience à huis clos de 2h30 le 30 octobre.
Cette procédure de protection intervient après que le tribunal des activités économiques ait constaté que l’entreprise était en cessation de paiements. Elle permet de geler les dettes antérieures tout en conservant le magasin ouvert durant une période d’observation de six mois renouvelable. Un moyen de “sécuriser le plan de relance faute d’exécution des accords avec le bailleur” selon la direction, considérée comme “incompétente” par les syndicats.
1,8 million de pertes en 2025
Selon le jugement, la société SGM BHV a perdu 1,8 million d’euros en 2025, pour un chiffre d’affaires de seulement 170,3 millions d’euros. Au 31 août, le groupe cumulait plus de 120 millions d’euros de dettes, pour moins de 1,5 million de trésorerie. Le Monde explique notamment que les ventes sont passées de 274 millions d’euros en 2024 à 170 millions en 2025, ce qui représente une baisse de 38 %. Entre janvier et août 2026, elles n’auraient atteint que 21 millions d’euros, laissant présager le pire pour le bilan annuel.
Le BHV de la rue de Rivoli et le BHV Parly 2 resteront donc ouverts tout en continuant d’employer près de 700 personnes, contre 1 100 il y a trois ans. Le 18 décembre, une première audience de suivi du BHV devant le tribunal parisien sera tenue, à l’issue de laquelle il devra statuer sur le maintien ou non de la période d’observation. Il vérifiera notamment si l’entreprise peut continuer à fonctionner sous la protection de la procédure, ou si une autre issue s’impose, comme une potentielle fermeture.
Notre demande de redressement judiciaire, entendue par le tribunal, ne constitue en aucun cas un soutien à la direction actuelle. – Les syndicats
Les syndicats, eux, veulent croire en l’avenir du BHV et dans la conservation des quelque 700 emplois. “Notre demande de redressement judiciaire, entendue par le tribunal, ne constitue en aucun cas un soutien à la direction actuelle.” Et d’ajouter : “Il ne pourra pas y avoir d’avenir au BHV avec cette même direction.”
Trois années compliquées
C’est en novembre 2023 que la tempête s’est accentuée pour le BHV, lorsque la SGM a racheté le magasin aux Galeries Lafayette, alors propriétaires du “Bazar de l’Hôtel de Ville”. Le magasin perdait alors 15 millions d’euros par an. Deux ans plus tard, le patron de SGM, Frédéric Merlin provoque un tollé en introduisant l’expert de l’ultra-fast fashion, Shein, au sein du BHV Marais. Une centaine de marques ont alors pris la décision de quitter le magasin, le laissant totalement vide.
En janvier 2026, les Galeries Lafayette ont revendu les mus, estimés à 300 millions d’euros, à Brookfield. C’est durant le printemps suivant que le BHV a restitué à Brookfield plus de la moitié de ses surfaces contre des indemnités, estimées à 23 millions d’euros et qui seraient, à l’heure actuelle, encore impayées. L’été sera encore plus turbulent, avec le départ de Shein, un plan de relance comprenant un actionnariat salarié jusqu’à 40 % du capital et la réouverture du rez-de-chaussée après six mois de fermeture le 10 septembre, suivi le lendemain d’un rassemblement des salariés.
La dernière inconnue est maintenant la suivante : qu’arrivera-t-il au BHV le 18 décembre ? Le tribunal des activités économiques de Paris considèrera-t-il le projet comme viable en lui accordant six mois de répit ? Ou estimera-t-il que les dégâts sont bien trop importants et qu’il vaut mieux arrêter les frais avant les fêtes ?